Ce matin (vendredi 28 Octobre 2005), comme c'est les vacances, je me lève un peu plus tard que d'habitude. Faut vous dire que c'est la radio et plus précisèment France Inter qui me réveille.
Donc ce matin, j'émerge avec Thierry BRETON interviewé par Pierre WEIL sur la radio de service public. Comme je me réveille, je n'écoute pas trop ce que nous dit notre ministre MANAGEUR. Apparemment, ça a l'air bien.
Bon, maintenant je suis parfaitement réveillé et c'est la chronique de Bernard DARNICHE (il est 8h39 sur France Inter), ancien pilote automobile, porte-parole de l'association "Les Citoyens de la route". C'est donc son métier actuel apparemment, porte-parole d'une association inconnue, qui a été lancée il y a un an (octobre 2004) par devinez qui ? son porte-parole actuel. Bon, ça doit être un chouette métier, ça, porte-parole d'association. Tiens, c'est ce que je veux faire quand je serai grand.
Ce matin, Bernard DARNICHE, comme tout porte-parole d'asso qui se respecte et qui a droit au micro, dénonce. Et il dénonce quoi le DARNICHE ce matin ? Ben, en fait avant de dénoncer, il va nous faire une révélation : il va nous dévoiler la véritable cause de la baisse de la mortalité routière. Là, le temps suspend sa progression, autour de moi tout se fige : jusqu'à présent, je pensais bêtement que la cause principale de la baisse de la mortalité routière, c'était que le gouvernement avait enfin décidé de s'en occuper sérieusement et que cette baisse était due à un ensemble de causes dont les principales étaient la communication et les moyens de répression mis en oeuvre sur les routes. Mais je sentais bien que tout ça était un peu court, et bêta que j'étais je n'avais pas pensé à des causes beaucoup plus directes, comme Al Quaïda, les extra-terrestres ou la couche d'ozone. Mais Bernard DARNICHE lui avait pensé à ma place et il allait enfin me dévoiler LA VERITE SUR LA BAISSE DE LA MORTALITE ROUTIERE. Donc, j'attendais avec impatience, et enfin Bernard DARNICHE parla (aussitôt, le temps reprit son cours normal). Pour le coup, je fus déçu, je m'attendais à un complot international et bien pas du tout, la baisse de la mortalité routière était due aux AUTOROUTES. En effet, et là je cite :
"Quelle est la véritable cause de la baisse de la mortalité sur les routes. Rappelons tout d’abord que 14 personnes meurent encore chaque jour dans un accident de voiture, et que sur ces 14 décès, 10 surviennent à proximité du domicile. Ce sont donc les autoroutes, qui concernent les longs trajets, qui sont les plus sûres, les plus fiables en matière de sécurité routière"
Lumineux, non ? c'est con qu'on ne s'en soit rendu compte que maintenant parce que ça fait seulement 59 ans qu'il y a des autoroutes en France.
Continuons, là Bernard DARNICHE s'insurge. En effet, il y a un gros problème avec les autoroutes. Devinez lequel ?
Non, non, ce n'est pas le fait que les autoroutes soient payantes, en tout cas pas vraiment. Le problème c'est le fait que les jeunes, ces cons, ne prennent pas les autoroutes parce que justement elles sont payantes. "les parents payent l'autoroute, les jeunes gardent l'argent pour aller au restaurant". Salaud de jeunes !
En plus Bernard DARNICHE et son association ont fait des études très sérieuses : "c'est le seul endroit, on a regardé ça A PEU PRES, c'est le seul endroit sensible où les jeunes n'ont pas une préférence financière, la fête foraine, le train, l'avion, les préservatifs, dans TOUS LES DOMAINES on attire les jeunes et là, là, vraiment nous avons fait des études les parents payent l'autoroute, les jeunes gardent l'argent pour aller au restaurant". Et Bernard DARNICHE d'expliquer doctement que les jeunes doivent consommer de l'autoroute, sans doute comme ils consomment des barbe à papa à la fête foraine. Par ailleurs, on aimerait savoir avec qui Bernard DARNICHE a fait ces études A PEU PRES, avec la femme à barbe de la foire du Trône (qui par ailleurs est statisticienne à l'INSEE, comme chacun sait) ?
Ce qui est intéressant dans cette chronique, c'est la logique (ou l'absence de logique parfois) sous jacente: une logique marchande. Ainsi, Pierre WEIL, le chroniqueur interroge Bernard DARNICHE "vous (Bernard DARNICHE) souhaiteriez des tarifs spéciaux pour les jeunes sur les autoroutes. Thierry BRETON est là, malheureusement, il vend les autoroutes"
réponse de DARNICHE : "Oui mais peu importe, vous savez il y a des quantités de sociétés privées qui font des prix très attractifs pour inciter les jeunes à venir consommer chez eux" et bla bla bla sur les études très sérieuses qui montrent que les sociétés de fêtes foraines font des efforts commerciaux pour attirer les jeunes et que les parents payent l'autoroute et les jeunes mangent le péage.
Ouf, en entendant ça Thierry BRETON a du pousser un grand soupir de soulagement. Nous pensions bêtement que Bernard DARNICHE, homme de sensibilité et de coeur, l'avait à gauche. A mon avis, il est de la même gauche que le défunt Jean-Pierre THIERRY (par ailleurs, un homme qui me semblait intelligent et droit), qui vous vous en souvenez peut-être, laissait entendre qu'il était de gauche lorsqu'il perquisitionnait le siège d'Urba-Graccho (à propos du financement occulte du PS). Ensuite, Jean-Pierre THIERRY a été membre du bureau politique de Démocratie Libérale (qui comme chacun sait est un grand parti de gauche).
Revenons à nos moutons, ou plutôt à Thierry BRETON (il resemble un peu à un mouton avec ses frisettes, non ?). Donc, on a pu entendre distinctement à la radio le soupir de soulagement poussé par Thierry BRETON en écoutant la réponse faite par Bernard DARNICHE à propos du fait que l'Etat vend les autoroutes. Ainsi, rasséréné et interrogé directement sur des tarifs spéciaux pour les jeunes sur les autoroutes, Thierry BRETON ne se démonte pas "ça fait partie de la politique commerciale" et il rappelle doctement (et hypocritement) que ce ne sont pas les autoroutes qui sont vendues au plus offrant mais les sociétés d'exploitation précisément (ouf, on est rassurés) et comme ce sont des sociétés commerciales Thierry BRETON "trouve que c'est une très bonne chose de faire des gestes commerciaux" et on entend un beau duo entonné par Thierry BRETON et Bernard DARNICHE "rien ne les empêche de le faire". C'est vrai mais rien ne les y oblige non plus ! et ça c'est bien du ressort de la puissance publique d'obliger !
Un peu plus loin dans la matinale, Pierre WEIL (pugnace celui-là) pose une question à propos du forfait de 18 Euros sur les actes médicaux dépassant 91 Euros (au fait pourquoi 91 Euros, pourquoi pas 90 ou 100 ?) à Thierry BRETON en insinuant "Jacques CHIRAC avait promis le retour à l'équilibre des comptes de la sécu en 2007, il s'est trompé ?"
Ah, emmerdé le BRETON...Donc, comme tout homme politique de droite qui se respecte, lorsqu'il est emmerdé il incrimine le peuple. Oh, c'est beaucoup plus subtil que ça, aujourd'hui dans notre belle démoratie libérale, on entonne l'air de la responsabilité collective.
"La sécurité sociale c'est l'affaire de tous" (et surtout des médecins libéraux, des groupes de clinique privée et des groupes pharmaceutiques ?) "bien sûr, il y a la redistribution, il y a les cotisations mais il y a surtout nos comportements" et bla bla bla sur le discours du peuple qui consommons le plus de boites de médicaments au monde. Après le peuple élu voici le peuple médicamenteux, le peuple qui se mourrit de médicaments, et plus précisèment d'anxiolytiques.
Pour résorber le déficit de la sécu selon BRETON "il faut plus de responsabilité collective". Quand vous entendez cette phrase "nous sommes collectivement responsables" ça veut dire à coup sûr qu'on ne veut surtout pas dénoncer quelqu'un. Cette phrase (à mon avis typiquement de droite) signifie tout simplement qu'on ne veut pas que les choses changent. Dénoncer tout le monde, c'est dénoncer personne et justement personne a bon dos.
Et là, sans doute pour faire plus vrai, Thierry BRETON se rapproche du micro et nous glisse à l'oreille "Je vais vous raconter, ma soeur est pharmacienne, bon elle est dans une pharmacie" (une pharmacienne dans une pharmacie, c'est fou, non ?) "et des fois elle dit à ses clients, elle me le disait, écoutez, au lieu de prendre un médicament de marque, prenez donc un générique, ça coûte moins cher". On croirait entendre la soeur de Thierry BRETON au chaud dans sa pharmacie : "Alors, Mâdame CHENU, toujours vos rhumatismes ? prenez donc un générique, ça ne vous fera pas de mal et ça fera du bien à la sécu", redonnons la parole à notre ministre MANAGEUR :
"et souvent les patients disent ah, ben non non, je veux le médicament parce que c'est mieux" (cette Madame CHENU, aucun respect, aucun sens des responsabilités, j'ai l'impression que Thierry BRETON a lu mon 1er log : "les gens sont cons")
Thierry, ton histoire elle est pas drôle...